Une rencontre porteuse de changement, qui met en lumière le rôle de l’habitat collectif dans la lutte contre la pauvreté urbaine en Asie et au-delà
Sous les slogans « Les habitants sont la solution » et « Ensemble, nous pouvons y arriver ! », nos partenaires de l’Asian Coalition for Housing Rights (ACHR) et du Community Architects Network (CAN) ont tenu leur réunion régionale annuelle à Bangkok, en Thaïlande, du 27 juin au 4 juillet. Nos chargées de projet, Léa Oswald et Nina Quintas, étaient présentes pour témoigner de l’essor remarquable de ce mouvement collectif, qui ne cesse de prendre de l’ampleur à travers l’Asie !
La première partie de la réunion a rassemblé pendant quatre jours des représentant·es d’organisations membres de l’ACHR, provenant de 15 pays asiatiques — Bangladesh, Cambodge, Inde, Indonésie, Japon, Malaisie, Mongolie, Myanmar, Népal, Pakistan, Philippines, Corée du Sud, Sri Lanka, Thaïlande et Vietnam — pour des échanges et des discussions internes en préparation de la conférence internationale « Collective Housing : let people be the solution ! » (Habitat collectif : laissons les habitant·es être la solution !). Cet événement majeur s’est ensuite déroulé pendant quatre jours supplémentaires, réunissant au total plus de 150 représentants d’organisations de la société civile, de communautés locales (principalement des femmes à la tête des communautés 💜), de gouvernements locaux et nationaux, d’institutions internationales et d’universités venus du monde entier, notamment d’Afrique et d’Amérique latine.
Cette rencontre a été organisée par l’ACHR avec 10 partenaires venus de Thaïlande et d’ailleurs, dont urbaMonde. Elle s’est tenue au Centre de conférences des Nations Unies, à l’invitation du ministère thaïlandais du Développement social et de la Sécurité humaine et du Community Organization Development Institute (CODI).
La conférence avait pour objectif de donner davantage de visibilité à l’habitat collectif et de favoriser les échanges d’expériences dans le contexte asiatique, tout en analysant les obstacles rencontrés et en explorant les moyens de déployer à plus grande échelle ces initiatives innovantes en matière d’habitat, portées par les communautés. L’habitat collectif peut prendre des formes très diverses selon les contextes locaux et les objectifs poursuivis. Malgré ces différences, il repose sur des principes communs :
- Les habitant·es des communautés à faibles revenus jouent un rôle central dans la planification, la production et la gestion collectives de leur habitat et, plus largement, de leur cadre de vie, avec un accompagnement technique et public adapté et global ;
- La propriété collective des terrains et/ou des bâtiments garantit un habitat durablement abordable, en le soustrayant aux logiques spéculatives du marché immobilier. Les coopératives d’habitation et les Community Land Trusts (CLT) en sont des exemples répandus : ils permettent une gestion collective et durable du foncier et de l’habitat, conçus comme des biens communs (c’est-à-dire comme une ressource partagée).
- Les espaces partagés, la solidarité et la mise en commun des ressources financières par les habitant·es constituent des éléments essentiels qui contribuent à leur autonomisation et à leur résilience.
Principaux messages
Des discussions riches et instructives ont permis aux participant·es de découvrir les solutions mises en œuvre dans d’autres pays et de s’inspirer des différents modèles et approches présentés par les leaders communautaires et les ONG qui les accompagnent, venus de toute l’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique. Parmi les nombreux enseignements issus des ateliers et des tables rondes, deux messages clés se dégagent notamment :
L’accès à un logement adéquat est un enjeu mondial et l’habitat collectif a fait ses preuves dans de nombreux contextes en contribuant à construire des villes inclusives, durables et résilientes, tout en répondant aux besoins des populations urbaines à faibles revenus en matière d’accès durable à un logement abordable. Découvrez de plus près quelques exemples inspirants dont nous avons entendu parler au cours de cette semaine :
- les réalisations du programme Baan Mankong de CODI en Thaïlande (en anglais)
- l’excellent travail réalisé par la Hunnarshala Foundation, au Gujarat, en Inde
- la coopérative d’habitation Akuarium à Jakarta, en Indonésie : faites une visite virtuelle des lieux et lisez le document pour en savoir plus (PDF en anglais)
- Et bien d’autres études de cas à découvrir sur cohabitat.io
- La collaboration entre les différentes parties prenantes est essentielle pour développer l’habitat collectif à plus grande échelle, notamment entre les communautés locales et les acteurs suivants :
- Les gouvernements locaux et nationaux doivent mettre en place des politiques publiques et des cadres législatifs favorables, notamment en matière de mise à disposition de terrains publics et de mécanismes de soutien financier tels que les subventions, les garanties et les prêts.
- Les agences intergouvernementales doivent intégrer l’habitat collectif dans leurs programmes et replacer les communautés au cœur des processus de développement, d’amélioration et de rénovation de l’habitat.
- Écoutez ici la session de la conférence intitulée « Comment relier l’habitat collectif aux agendas et programmes mondiaux de développement ? », avec les contributions d’ONU-Habitat, de Habitat for Humanity et de la Banque mondiale.
- Les institutions financières et, plus largement, le secteur privé doivent mettre en place des services complets et adaptés, en accord avec les principes de responsabilité sociale des entreprises, les ODD et les défis climatiques actuels, afin de permettre aux communautés à faibles revenus de mettre en œuvre leurs projets.
- Découvrez le projet de logement de Bor Farang à Bangkok, dans lequel l’entreprise privée SCG a mis un terrain à la disposition d’une communauté informelle et a contribué au développement des infrastructures (p. 4).
- Les organisations de la société civile, en particulier les ONG fournissant un appui technique, ainsi que les institutions académiques et de recherche, doivent travailler main dans la main avec les communautés locales, en les accompagnant dans la création d’espaces inclusifs et visibles de plaidoyer et d’échange d’expériences. Elles jouent un rôle essentiel dans l’instauration d’un climat de confiance avec les acteurs stratégiques.
Ce que nous retenons
- Les communautés locales sont des acteurs économiques à part entière. Les nombreux exemples de mécanismes financiers mis en place à l’initiative des communautés et reposant sur l’épargne collective témoignent de leur expérience de longue date et de leur capacité à gérer des projets d’envergure en matière de développement et d’amélioration de l’habitat, ainsi que les dispositifs financiers qui leur sont associés. Nous avons pu en apprendre davantage sur certains de ces mécanismes lors d’un atelier, avec des présentations du Lumanti Support Group for Shelter au Népal, de représentant·es de la ville de Vinh au Vietnam et de la Shack Dwellers Federation de Namibie !
- Découvrez ces publications de l’ACHRS sur les mécanismes de financement à l’initiative des communautés : Housing by People in Asia et Community Finance in Five Asian Countries.
- Sur le continent africain, les fédérations affiliées à Slum Dwellers International ont elles aussi de nombreuses expériences à partager en matière d’épargne collective, à l’image de la Shack Dwellers Federation en Namibie.
- La propriété collective des terrains et/ou des bâtiments constitue un important outil de lutte contre la spéculation, permettant de garantir durablement l’accès à un logement abordable et de redonner à l’habitat sa valeur sociale. Le Community Land Trust de Caño Martín Peña, à Porto Rico, était représenté lors de l’événement et a partagé son expérience, couronnée de succès, tout au long de la rencontre. Certains pays asiatiques, comme la Thaïlande et l’Indonésie, sont à l’avant-garde en matière de propriété foncière collective, notamment grâce à des dispositifs de location ou de partage de terrains associant les pouvoirs publics locaux et nationaux ou des entreprises privées.
- Pour en savoir plus sur le Community Land Trust de Caño Martín Peña (CLT).
- Une planification participative et un accompagnement technique global, qui associent les communautés à toutes les étapes de la prise de décision, sont essentiels à la réussite des initiatives d’habitat collectif. Les futur·es professionnel·les de l’urbanisme et du logement (architectes, urbanistes, ingénieur·es, travailleur·euses sociaux·ales, etc.) doivent pouvoir bénéficier d’une formation adéquate leur permettant de développer des techniques et des méthodes adaptées au travail avec les communautés urbaines à faibles revenus. Les programmes universitaires doivent évoluer en intégrant de nouvelles approches innovantes en matière de pratiques d’habitat à l’initiative des communautés.
- Découvrez le travail remarquable réalisé par le Community Architects Network (CAN), notamment par notre partenaire local, POCAA, au Bangladesh.
- L’esprit collectif est essentiel et nous devons de toute urgence faire évoluer nos mentalités individualistes vers davantage d’action collective et un mode de vie plus solidaire ! La solidarité et la coopération au-delà des frontières doivent être renforcées, car elles constituent des éléments essentiels pour construire un monde plus juste et plus équitable.
Visites de terrain de projets inspirants à Bangkok !
Nous avons participé à deux visites de terrain. La première nous a conduites au projet Bor Farang à Bangkok, une coopérative d’habitation construite avec le soutien des pouvoirs publics sur un terrain appartenant à une entreprise privée, qui a décidé de soutenir la communauté qui s’y était installée.
La deuxième visite de terrain nous a permis de découvrir un projet d’habitat collectif porté par des personnes sans-abri, le Baan Phun Suk Homeless Center, situé dans une province voisine de Bangkok (publication, p. 5) ;
Il existe encore peu d’exemples de projets d’habitat à l’initiative des communautés, conçus par et pour les personnes sans-abri, qui constituent l’une des populations les plus vulnérables et marginalisées parmi les populations urbaines à faibles revenus. La Thaïlande montre la voie avec la Human Settlement Foundation (HSF), créée en 1988, qui a commencé à travailler avec les personnes sans-abri à Bangkok en 2001. Au fil des années, elle est parvenue à créer un solide réseau de personnes sans-abri à l’échelle de la ville, qui s’est même étendu à d’autres provinces. L’objectif est de mettre en place le Thailand Homeless Network, un réseau national de personnes sans-abri, d’ici la fin de 2024 !
En collaboration avec des acteurs locaux de la société civile, elles apportent un soutien aux personnes sans-abri, notamment pour l’obtention d’une carte d’identité nationale et l’accès aux soins médicaux, le développement d’activités génératrices de revenus, ainsi que le renforcement des capacités et de la confiance en soi des résident·es. Le centre pour personnes sans-abri autogéré de Pathum Thani, en Thaïlande, Baan Phun Suk, a été construit en 2020, à la suite d’un long travail de plaidoyer mené par HSF et ses partenaires afin d’obtenir le soutien des pouvoirs publics par le biais d’une politique adaptée, adoptée par le gouvernement en 2016. Comme les autres centres pour personnes sans-abri construits selon ce modèle, les 29 résident·es participent pleinement à la gestion et aux processus décisionnels, notamment à travers la conception participative, la mise en commun d’espaces (cuisine, salle de réunion, etc.), des réunions mensuelles, un fonds renouvelable destiné aux activités génératrices de revenus et un fonds dédié à la santé. Leur séjour dans ce lieu est temporaire : il est conçu comme un espace de transition leur permettant de renforcer leurs capacités et de constituer des ressources afin de pouvoir, à terme, retrouver leur autonomie. L’ensemble des espaces a été conçu et construit selon ces principes. Lors de notre visite, nous avons eu l’honneur de participer à l’inauguration officielle des chambres locatives qu’iels venaient d’achever de construire juste à côté de leur centre d’hébergement. Ces chambres s’inscrivent dans ce processus de transition : il s’agit d’unités individuelles que les résident·es peuvent louer une fois qu’iels ont retrouvé une certaine stabilité.

Bien que des exemples réussis existent dans des contextes très variés, la conférence a mis en évidence qu’il reste encore beaucoup à faire pour que l’habitat collectif soit davantage reconnu comme une solution efficace, durable et inclusive face à la crise mondiale du logement. Il est essentiel que les gouvernements, les acteurs de la coopération internationale, les professionnel·les du secteur technique et les institutions financières reconnaissent les communautés comme des acteurs légitimes et comme une force motrice dans la production de l’habitat et de la ville. À la suite des échanges et des engagements pris lors de cet événement, l’ACHR élaborera collectivement des stratégies de plaidoyer pour les années à venir, qui seront mises en œuvre dans les prochains mois dans les pays membres de la coalition.
Pour celles et ceux qui ont manqué la conférence, vous pouvez revoir les différentes sessions sur la page Facebook. Vous trouverez également davantage d’informations sur l’habitat collectif en Asie sur ce site.
Vous pouvez notamment revoir :
- Une table ronde consacrée aux éléments clés de l’habitat collectif ;
- Et la discussion consacrée aux résultats des ateliers sur le financement, le foncier, l’organisation communautaire, l’architecture communautaire et les partenariats.
Les échanges et les conclusions seront également rassemblés dans un rapport qui sera prochainement publié par l’ACHR. Restez connecté·es et suivez-nous sur les pages Facebook, Instagram et LinkedIn d’urbaMonde !








