Nos projets

Mbolo moy dole! Mission de terrain à Dakar

Fiche technique

Ressources

Ce qu'une semaine d'échange international au Sénégal nous a appris sur la solidarité, le logement et l'action collective

Fin avril 2026, urbaMonde et urbaSEN ont réuni des leaders de la base, des animateurs communautaires et des ONG de soutien venues d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique pour une semaine d’échanges internationaux au Sénégal, ponctuée de visites sur le terrain et d’un apprentissage entre pairs, autour d’un enjeu mondial urgent: comment les communautés peuvent-elles, ensemble, façonner des villes plus justes, durables et inclusives ?

Réunissant des représentants de neuf organisations et réseaux locaux issus du Nicaragua, du Brésil, de l’Uruguay, du Népal, d’Indonésie, des Philippines, du Bangladesh, du Bénin et du Sénégal, ce voyage d’étude international à Dakar reposait sur une conviction simple mais forte : lorsque des communautés confrontées à des difficultés similaires dans différentes régions se réunissent, elles ne se contentent pas d’échanger des idées, elles renforcent mutuellement leur capacité d’action.

Pourquoi le Sénégal?

Dans l’ensemble des pays du Sud global, le logement est de plus en plus un facteur d’exclusion. La spéculation financière, l’aggravation des inégalités urbaines, la vulnérabilité face au changement climatique et le manque de soutien institutionnel continuent de plonger des millions de personnes dans des conditions de vie précaires. Pourtant, dans ce contexte, le logement communautaire offre une autre voie : une voie fondée sur l’organisation collective, la gouvernance démocratique, les savoirs locaux et la solidarité.

Le Sénégal, et plus particulièrement le travail d’urbaSEN et de la Fédération sénégalaise des habitants (FSH), a été choisi à l’unanimité par tous les partenaires comme destination de cette visite en raison de la richesse et de la maturité de leur expérience. Depuis plus d’une décennie, urbaSEN et la FSH ont développé des réponses innovantes, portées par les communautés, aux risques d’inondation, à l’insalubrité des logements, à l’exclusion financière et à la vulnérabilité environnementale dans les quartiers périurbains de Dakar. Leur travail a démontré que les communautés vulnérables ne sont pas de simples bénéficiaires passifs de l’aide : ce sont des planificateurs, des bâtisseurs, des financiers et des décideurs capables de transformer leurs propres villes.

→ Découvrez le travail d’urbaSEN et de la FSH grâce à ce documentaire et à notre page dédiée au projet

Apprendre de la pratique : visites sur le terrain à Dakar

Pendant sept jours, les participants ont pris part à un programme varié comprenant des séances d’échange, des discussions collectives, des ateliers et des visites sur le terrain, conçu pour faire le lien entre la réflexion stratégique et l’apprentissage direct sur le terrain.

La Cité FSH: un éco-quartier

L’un des moments forts de la visite a été la découverte de la Cité FSH, un éco-quartier pionnier développé par la Fédération sénégalaise des habitants et urbaSEN pour répondre aux besoins urgents en matière de logement des membres de la FSH. Plus qu’un simple projet immobilier, la Cité FSH incarne une vision plus large de la transformation urbaine menée par la communauté, alliant logements abordables, construction durable, matériaux d’origine locale et un aménagement adapté au climat. Pour de nombreux participants, la découverte de ce projet sur place a été un rappel fort que l’organisation collective peut générer des alternatives concrètes et évolutives pour les populations vulnérables, en particulier les communautés dirigées par des femmes.

Le Fonds rotatif pour la rénovation urbaine

Un autre moment fort de la semaine a été l’occasion offerte aux participants d’échanger directement avec les groupes d’épargne FSH, qui constituent la base locale du Fonds rotatif pour la rénovation urbaine. En participant aux réunions de ces groupes d’épargne et en discutant directement avec leurs membres et les responsables locaux, les participants ont pu aller au-delà de la théorie et acquérir une compréhension approfondie du fonctionnement concret de ce mécanisme financier communautaire au quotidien.

Ces moments ont permis de mieux comprendre les processus collectifs qui sous-tendent le fonds de roulement : comment l’épargne est mobilisée, comment les décisions sont prises, comment la confiance et la responsabilité sont établies, et comment les communautés gèrent et orientent elles-mêmes les ressources vers des priorités communes. Pour de nombreux participants, ces échanges ont compté parmi les expériences les plus marquantes de la visite, précisément parce qu’ils ont révélé que la force du fonds renouvelable ne réside pas seulement dans les outils financiers, mais aussi dans l’infrastructure sociale qui le sous-tend : organisation collective, gouvernance démocratique et solidarité à long terme.

À travers des présentations, des démonstrations pratiques d’outils tels qu’urbaBase (un outil numérique de gestion du Fonds rotatif) et la participation directe à des réunions de groupe, les participants ont découvert comment le Fonds renouvelable pour la rénovation urbaine soutient l’amélioration des logements, la revitalisation des quartiers, les activités économiques menées par des femmes et les infrastructures locales. Plus important encore, ils ont constaté comment les groupes d’épargne eux-mêmes jettent les bases de ces retombées plus larges : en organisant les habitants, en renforçant les capacités financières et en créant des systèmes grâce auxquels les communautés peuvent identifier leurs priorités, allouer des ressources et agir collectivement. Le fonds renouvelable n’est pas simplement une source de financement, mais une structure qui relie l’épargne, l’organisation et l’action locale.

Gestion des risques d'inondation

Les participants ont également visité des projets de gestion des risques d’inondation mis en œuvre par FSH et urbaSEN dans des quartiers vulnérables de Dakar. Ces visites ont été l’occasion d’échanger directement avec les comités de gestion de quartier locaux, de comprendre les processus de planification participative et d’observer les travaux de réhabilitation achevés, notamment la rénovation de logements et d’infrastructures publiques. Ces expériences ont fourni des exemples concrets de la manière dont les approches menées par les communautés peuvent à la fois réduire la vulnérabilité climatique et améliorer les conditions de vie quotidiennes dans les zones exposées aux inondations.

Traitement du Typha et production de briques en terre

Un autre temps fort a été la visite du centre de traitement du Typha et de production de blocs de terre compressée, où les participants ont découvert comment des matériaux biosourcés et disponibles localement sont transformés en solutions de construction abordables et adaptées au changement climatique. En s’impliquant directement dans ces processus, les participants ont acquis une meilleure compréhension de la manière dont urbaSEN et FSH associent la durabilité environnementale, le développement économique local et le logement décent. Ces sessions ont suscité d’importantes discussions sur la transition écologique, l’adéquation culturelle, ainsi que sur les possibilités et les limites de l’adaptation de telles approches à d’autres contextes régionaux.

Toutes ces expériences ont mis en évidence une chose : l’habitat participatif n’est pas un simple projet ou un outil isolé, mais un écosystème qui englobe l’organisation, le financement, l’innovation technique et la solidarité. À travers Dakar, les participants ont découvert des exemples concrets montrant comment les communautés peuvent, ensemble, façonner un avenir urbain plus sûr, plus inclusif et plus durable.

Soirée cinéma

Vers la fin de la semaine, urbaSEN et urbaMonde ont organisé un événement international à l’Institut français de Dakar. Au programme figuraient la projection de deux documentaires d’urbaMonde mettant en lumière des expériences de logement mené par les communautés au Sénégal et au Nicaragua, offrant ainsi un point de départ solide pour un débat ancré dans la pratique concrète. Ces films ont ouvert la voie à une table ronde réunissant des représentants des autorités publiques de Dakar, des leaders locaux et des praticiens internationaux. Les témoignages des représentants de la FSH et des praticiens d’Indonésie et des Philippines ont été particulièrement marquants : leurs réflexions ont permis de relier diverses réalités locales tout en soulignant les difficultés communes liées au soutien institutionnel au logement communautaire, à la vulnérabilité climatique et à l’organisation communautaire.

Au-delà de l'observation : l'apprentissage entre pairs à travers les continents

Ce qui rend ces visites particulièrement efficaces, c’est qu’il ne s’agit jamais d’« exporter » un modèle.

La rencontre organisée à Dakar a permis d’instaurer un dialogue réciproque entre des communautés issues de contextes très variés — des quartiers de Dakar exposés aux inondations aux quartiers informels d’Amérique latine et d’Asie. À travers des ateliers, des séances de réflexion stratégique et des visites sur le terrain, les participants ont échangé non seulement des témoignages d’admiration, mais aussi des réflexions critiques, des outils pratiques et des questions portant sur les défis liés au soutien institutionnel, à la mobilisation communautaire, aux aspects techniques de la conception et de l’aménagement durables, à la collecte de données, etc.

Comment les fonds rotatifs peuvent-ils fonctionner dans d’autres contextes culturels et politiques ?
Qu’est-ce qui rend l’éco-construction socialement acceptable et financièrement viable ?
Comment les systèmes de données participatifs peuvent-ils renforcer le plaidoyer local ?
Comment les communautés négocient-elles avec les autorités pour obtenir un soutien institutionnel ?

Le fait d’aborder ces questions au sein d’un groupe diversifié et multiculturel, composé exclusivement de personnes issues des pays du Sud, s’est avéré particulièrement important. Cela a permis un véritable apprentissage mutuel.

Au final, cette visite a non seulement permis aux participants d’approfondir leur compréhension des initiatives mises en place au Sénégal, mais elle a également donné l’occasion aux équipes locales de Dakar de s’inspirer des pratiques mises en œuvre ailleurs dans le monde.

Construire un mouvement mondial en faveur de l'habitat participatif

L’un des résultats les plus importants de cette semaine était peut-être moins tangible, mais profondément politique : la solidarité.

Dans un contexte mondial où les organisations locales sont souvent confrontées à un manque de financement, à une marginalisation politique ou à l’indifférence des institutions, il est essentiel de se rassembler au-delà des frontières. Cela rappelle aux leaders de terrain qu’ils ne sont pas isolés, et que leurs luttes sont étroitement liées. La justice en matière de logement, l’adaptation menée au niveau local et le développement communautaire ne sont pas des combats locaux isolés, mais s’inscrivent dans un mouvement mondial plus large.

Cette visite ne constituait pas une fin en soi, mais s’inscrivait dans un processus plus long que urbaMonde et ses partenaires locaux mènent depuis une dizaine d’années : un échange de connaissances et un apprentissage mutuel visant à soutenir, mettre en valeur et éclairer les pratiques locales. Chaque organisation participante va désormais transposer les enseignements tirés du Sénégal dans son propre contexte local, en adaptant les pratiques, en renforçant le plaidoyer et en élargissant les réseaux de solidarité. Des rapports, des vidéos et la poursuite des échanges permettront de garantir que les connaissances acquises rayonnent bien au-delà de Dakar.

À l’heure où les crises urbaines s’aggravent à l’échelle mondiale, ce type d’échanges Sud-Sud constitue une infrastructure essentielle à la construction de mouvements.

Tout au long de la semaine, un message a résonné avec force à travers le travail de FSH :

Mbolo Moy Dole – L'union fait la force.

Dans un monde de plus en plus marqué par la fragmentation et les inégalités, ce rappel semble plus urgent que jamais : nos meilleures solutions ne naîtront peut-être pas de l’isolement, mais de communautés qui apprennent, s’organisent et construisent ensemble.

Au cours des prochains mois, d’autres échanges auront lieu en ligne, avec des webinaires régionaux consacrés aux mécanismes financiers pilotés par les communautés en Amérique latine, en Afrique et en Asie.

Pour rester informé des prochains échanges organisés par urbaMonde et ses partenaires, vous pouvez vous abonner à notre newsletter.

Si vous souhaitez soutenir notre action, vous pouvez devenir membre d’urbaMonde France ou d’urbaMonde Suisse, ou faire un don pour soutenir nos efforts.